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Issue
Ann. For. Sci.
Volume 50, Number 6, 1993
Page(s) 553 - 562
DOI http://dx.doi.org/10.1051/forest:19930604
Ann. For. Sci. 50 (1993) 553-562
DOI: 10.1051/forest:19930604

La sylviculture de haute qualité du chêne en Suisse : concepts d'éducation et de traitement dans des conditions écologiquement marginales

JP Schütz

Chaire de sylviculture, École polytechnique fédérale, CH 8092 Zürich, Suisse

Résumé - La sylviculture du chêne de haute qualité en Suisse se différencie significativement en certains points de celle pratiquée dans les grandes régions traditionnelles de production, de France et d'Allemagne notamment. Cela tient aussi bien à des particularités stationnelles qu'à des priorités différentes des concepts de sylviculture. En Suisse, la culture du chêne de qualité se conçoit d'abord sur des stations de la hêtraie en l'absence pour des raisons climatiques (précipitations élevées) et édaphiques (sols jeunes, riches et bien tamponnés) de véritables chênaies permettant une production de valeur. De sucroît, le caractère généralement montagneux du pays et l'altitude relativement élevée des forêts (plus de 450 à 500 m) ne permettent la culture du chêne que dans une zone à considérer comme marginale par rapport à la grande chênaie d'Europe centre-occidentale, car rapidement limitée par les gels tardifs et les dégâts de neige lourde. Outre ces 2 facteurs limitant la constitution des peuplements, les conditions d'alimentation hydrique et minérale très favorables conduisent à une productivité remarquablement élevée, de plusieurs classes de productivité plus élevée que dans les pays voisins. De telles stations conviennent mieux au chêne pédonculé qu'au rouvre. Il y présente une croissance plutôt rapide. La sylviculture à pratiquer dans de telles conditions s'apparente plus à celle des forêts riveraines de type Slavonie qu'aux chênaies du Spessart ou du secteur ligérien français. Les principes d'une sylviculture de qualité, visant une proportion élevée de bois de très haute valeur (> 15%) doivent concilier des critères pas nécessairement concomitants, à savoir : des propriétés technologiques (finesse et régularité des bois) et de formation de la tige (critères sylvologiques). Alors que la sylviculture européenne du chêne est orientée principalement en fonction de critères de finesse des cernes, celle pratiquée en Suisse choisit de favoriser la qualité de la tige, en profitant d'un effet de sélection et conjointement en visant le développement d'un peuplement accessoire à fonction d'emballage. Il s'agit d'une sylviculture active, qui ne réprime pas la croissance, mais au contraire profite de l'avantage économique d'une moindre durée de production, de 160 ans, pour optimiser les autres facteurs d'influence. Une telle sylviculture présente une parfaite cohérence entre les interventions sylvicoles et les objectifs de production. Les caractéristiques en sont de travailler sur une base génétique suffisante, permettant une sélection des meilleurs phénotypes, à caractère positif, encore modérée en prime jeunesse, devenant active au stade du perchis avec des interventions d'éclaircie sélective vigoureuses. On prend finalement position à propos des propositions récentes de régénérer le chêne par une conduite plus lente des coupes et en travaillant par petites trouées. Dans les conditions de station présentées, de telles propositions apparaissent difficiles à réaliser.


Abstract - High-quality oak silviculture in Switzerland: concepts of education and production in the marginal range of European oak. High-quality oak silviculture in Switzerland differs significantly in some ways from traditional silviculture in classical oak-producing regions of central-western Europe such as France and Germany. Particularities regarding site conditions, concepts and priorities are the main reasons for these differences. Oak only occurs naturally on beech-forest sites in Switzerland. Natural oak formations are lacking because of the climatic (high annual precipitation) and edaphic conditions (pedogenetically young soils, which are well balanced and rich in minerals). Furthermore, due to the mountainous character of the land and the relative elevation of forest distribution even in the Swiss Midlands (> 450 m altitude), oak production is not only considered marginal compared to that in the classical oak producing regions of Europe but is also limited by frost damage and heavy snow. However, mineral content and water capacity of the soil are very favourable, leading to remarkable productivity and higher site indexes than in the classical oak-producing regions. Such site conditions are better suited to pedunculate (Q robur) than to sessile oak (Q petraea), which grows fairly rapidly under these conditions. Silvicultural concepts are therefore more closely associated with riparian pedunculate oak forests, eg, of Slavonia than to the sessile oak forests of Germany and France. The goal of high-quality oak silviculture in Switzerland is to produce a proportion of ≈ 15% veneer quality lumber. Different partially divergent aspects such as technological wood properties (regularity and width of the rings), bole formation and development or growth potential have to be taken into consideration to achieve this goal. Classical oak silviculture in Europe is mainly oriented to producing wood with regular narrow rings by maintaining high stand densities. Oak silviculture in Switzerland, however, seeks optimization of bole quality and high production via recurrent selection and simultaneously establishing or favouring an appropriate subordinate secondary stand which has a beneficial effect on bole quality. Diameter growth is not restricted by high competition as in classical oak silviculture; on the contrary, active silviculture tries to utilize the economic advantages of good diameter growth and a shorter production time of ≈ 160 yr, with good agreement between production goals and silvicultural measures. The success of this concept depends on a sufficiently broad genetic base to allow active and positive selection of the best phenotypes in the early stages, selection according to collective education at first and to individual education with vigorous selective thinning from the pole stage on onwards. Finally, a comment has been made regarding new tendencies in oak silviculture which call for a longer regeneration period, overlapping generations or regeneration in very small stand openings. Considering the previously mentioned site conditions and the intolerance of young oak to shade, especially pedunculate oak, these tendencies do not appear to be realistic.


Key words: education / silvicultural treatment / production period / secondary stand / Quercus robur = pedunculate oak / Q petraea = sessile oak

Mots clés : éducation / traitement sylvicole / durée de production / peuplement accessoire / Quercus robur = chêne pédonculé / Q petraea = chêne rouvre